Bérénice

de Racine – création 20 mars 2000

L’amour de Titus pour Bérénice. L’amour de Bérénice pour Titus. L’amour d’Antiochus pour Bérénice. La haine, enfin, de Rome pour cette reine étrangère. L’impasse est totale, absolue. C’est qu’on est chez les Puissants, ici, on est chez les Maîtres du monde, de l’Empire Romain et de ses marches en tout cas. Ici, lorsqu’on aime, on aime fort et pour toujours, c’est dire si on peut tuer, ou se laisser mourir. Plus : on est si puissant, justement, que si faire la guerre ne fut rien, aimer – et que dire de rompre ! – est infiniment douloureux. Des êtres en proie aux fièvres les plus violentes d’un côté. Des mots livrés à un agencement implacable de rigueur de l’autre. Voilà le problème de Bérénice, peut-être : comment conjuguer, concilier, harmoniser la vibration et la fixité, le mobile et l’immobile, le sans cesse changeant et la permanence ?
Entre les vers, contre les vers, le jeu – la vie – doit jouer des coudes et frayer son chemin

Une coproduction Théâtre en Flammes – Arsenic Lausanne

Interprétation :
Shin Iglesias
Roland Vouilloz
Gilles Tschudi
Boris Maver
Pierre-Isaïe Duc
Sandra Korol

Mise en scène : Denis Maillefer
Dramaturgie : Antoine Jaccoud
Scénographie : Massimo Furlan
Lumière : Thomas Hempler
Son : Philippe de Rham
Costumes : Isa Boucharlat
Maquillage : Leticia Rochaix
Administration et communication : Véronique Loeffel, Sarah Neumann

Avec le soutien de : Etat de Vaud, Ville de Lausanne, Loterie Romande
et pour les tournées de : Corodis, Pro Helvetia

2000
Théâtre Arsenic, Lausanne :
du 20 mars au 2 avril

2001
Théâtre Arsenic, Lausanne :
du 12 au 22 septembre
Théâtre du Passage, Neuchâtel : 10 octobre
La Manufacture, Atelier du Rhin, Colmar (F) : du 19 au 25 octobre
Château-Rouge, Annemasse (F) : du 6 au 7 novembre


Presse

UNE BERENICE EN CINEMASCOPE ETREINT LES COEURS

Il y a du Cécile B. De Mille chez « Bérénice » de Racine : une histoire d’amour impossible entre un César et une reine juive, la Rome éternelle en toile de fond, des retournements de situation tirés par les poils des casques des centurions. Denis Maillefer, qui met en scène cette love-story au Théâtre de l’Arsenic à Lausanne, avec la complicité d’Antoine Jaccoud à la dramaturgie, n’a pas peur de faire des clins d’oeil aux lois du péplum. La scénographie imaginée par Massimo Furlan encastre le drame entre les deux bandes noires du CinémaScope. Cette scène grande angle indique d’emblée le souhait de ne pas rapetisser la grandeur des personnages pour les faire passer à travers le chas du quotidien. Titus (Gilles Tschudi) qui accède tout juste au trône et se voit dans l’obligation d’annoncer sa rupture avec Bérénice (Shin Iglesias), l’étrangère rejetée par le Sénat romain; Bérénice qui attend depuis cinq ans le couronnement, sûre de devenir son impératrice; Antiochius (Roland Vouilloz), roi de Comagène, confident et rival secret de Titus: tous vont aimer et souffrir dans les grandes largeurs.
A cette première bonne nouvelle succède une autre idée, tout aussi pertinente dans la réussite imposante du spectacle: les comédiens ont la voix amplifiée par des micros. Dans ce décor étiré à l’extrême, ces personnages carapaçonnés dans leurs codes de conduite vont ainsi s’exprimer au fil du souffle. Cette intrusion du cinéma Nouvelle vague au sein de la grosse production, ce surgissement de l’intime au coeur du règne des conventions provoque une démultiplication des sentiments. Et donne corps littéralement à la lutte qui se joue entre la passion et la raison d’Etat, l’individu et la collectivité. Ce cadre formel est employé pour magnifier, au sens d’agrandir, les tourments d’âme des personnages. Comme pour souligner encore l’écrasement des êtres, l’éclairage latéral (conçu par Thomas Hempler) prolonge les silhouettes des acteurs par des ombres infinies qu’ils tirent derrière eux comme on tenterait sans conviction d’arracher une traîne à des sables mouvants.
L’opposition entre fièvres intimes et rigueur sociale, élans et névroses dicte les déplacements des comédiens. Quand Antiochius déclare son amour à Bérénice après cinq ans de silence, dix mètres le séparent de son aimée. Il se tient à la droite de la scène; elle, écoute, à l’extrême opposé. Les paroles d’amour d’Antiochius voyagent à travers l’espace, se gonflent de courage, basculent, s’effondrent, persistent pour atteindre enfin Bérénice qui éconduira l’amoureux. Quand Titus rend enfin visite à Bérénice, ils se rapprochent lentement l’un de l’autre. Cette fois-ci ce sont les corps qui traversent l’espace, petit à petit, comme deux pôles d’un aimant. Cette traversée-là dit l’amour au-delà des mots. Ce dispositif serait évidemment une coquille vide sans les comédiens qui font de ces deux heures vingt de spectacle un voyage baigné d’émotions. Il faut d’abord rendre grâce à la lumière amoureuse que dégage Shin Iglesias dans le rôle-titre. Son élégance, sa capacité à dire le volcan sans se départir de sa retenue royale restent à l’esprit bien après les saluts. Gilles Tschudi propose un Titus anéanti par la culpabilité qui entre ne scène froissé comme au lever du lit. Si ce Titus frêle et fragile séduit totalement au regard du texte de Racine, on regrettera qu’il ne laisse pas un peu entrevoir le Titus léger et fougueux d’avant l’accession au trône. Quoi qu’il en soit, la mise en scène de Denis Maillefer fait d’Antiochius le véritable homme phare du drame. Roland Vouilloz incarne ce roi qui sacrifie sa vie sur l’autel de l’amitié et de l’amour. Ample, viril, le comédien crée un personnage poignant dans sa droiture suicidaire.

Lisbeth Koutchoumoff, LE TEMPS, jeudi 23 mars 2000

SOUPIRS ET CHUCHOTEMENTS

Bérénice, à vrai dire, n’est pas une tragédie: il n’y coule que des pleurs et point de sang. C’est une élégie dramatique qui renferme des morceaux pleins d’une grâce un peu molle et d’une sensibilité un peu larmoyante.é Ces mots de Théophile Gauthier, dont le côté dépréciatif correspond à l’opinion persistante (surtout au XIX) selon laquelle la pièce serait la moins bonne tragédie de Racine, en soulignant un aspect romantique qui se dégage précisément de la mise en scène que propose Denis Maillefer à l’Arsenic. Evacuant complètement le côté péplum de la situation (si l’on excepte la vague toge et le casque de Titus), le metteur en scène a choisi d’accentuer, jusqu’à l’insupportable parfois (notamment du point de vue de l’énonciation), le tour intimiste de cette ronde de sentiments contrariés, où le conflit apparent de la passion amoureuse et du devoir donne lieu à un jeu d’hésitations et de relances complexes et profondes. Tout se passe, dans cette pièce, à la pointe de l’émotion amoureuse, la plus incandescente et la plus entière est celle de Bérénice, reine de Palestine ramenée à Rome par Titus, dont elle croit que l’amour suffira à en faire son époux. D’entrée de jeu, l’on voit le nouvel empereur biaiser, conscient de ce que Rome va s’opposer à leur union, avant que les appels déchirants de Bérénice ne lui tirent des larmes et que la pensée du suicide ne lui vienne. A sa valse-hésitation se greffe celle d’Antiochius, roi de Comagène et ami de Bérénice, qui a avoué sa flamme à celle-ci et l’en a très fâchée. Or, loin de se borner au tissu de madrigaux et d’élégies qu’y voyait l’abbé de Villars du vivant de Racine, c’est une plongée dans la psychologie amoureuse d’une extrême acuité que nous vaut cette pièce à la lancinante déploration.
Aussi dépouillé que l’intrigue, la scénographie (signée Massimo Furlan) présente les personnages dans une sorte de boîte rectangulaire allongée dont le fond suggère un ciel constellé de petits chiffres rouges clignotants comme le mécanisme répétitif d’une horloge. Les costumes d’Isa Boucharlat jouent sur la confusion des temps, avec un roi de Comagène à dégaine de mafioso, une Bérénice en robe rouge de patte de velours et un Titus aux allures de héros byronien. Tout cela fait assez opéra, modulé par une esthétique visuelle expressionniste, du fard glamoureux de la diva aux postures hiératiques ou sculpturales des comédiens, en passant par le jeu au ralenti des mouvements. Marquant l’intervalle des actes, un ample bruit de mer se mêle, dans l’obscurité, à tout un concert de voix murmurantes, et certaines scènes « viriles » sont ponctuées par des coups sourds. Bref, si l’on excepte un Pater Noster débité par une voix enfantine en lever de rideau dont on ne voit pas du tout ce qu’il vient fiche là, la réalisation est fondue en unité plastique et dégage une forte atmosphère.
Quant à l’interprétation, elle nous semble nettement dominée par Shin Iglesias, incarnant une Bérénice à la fois émouvante et intense par sa présence, tant dans les accents de la passion que dans le registre de la plainte. L’Antiochius de Roland Vouilloz est lui aussi fortement campé, tandis que le Titus de Gilles Tschudi nous semble un peu moins consistant. Dans le rôle de Paulin (confident de Titus), Pierre-IsaïeDuc pimente son jeu d’une pointe d’humour, qu’on retrouve d’ailleurs dans la pièce et dans le décalage de certaines situations ou certaines répliques par rapport au monde dans lequel nous vivons.
Sans aller jusqu’à dire que cette nouvelle création du Théâtre en Flammes marquera les annales (on ne l’imagine guère « tenant » une grande scène, par exemple), comme ce fut la cas de la « Bérénice » d’Antoine Vitez présentée à Vidy il y a vingt ans de ça, du moins marque-t-elle une évolution remarquable dans la maîtrise du métier de Denis Maillefer, sa façon de diriger une équipe et de servir un grand texte.

Jean-Louis Kuffer, 24 HEURES, jeudi 23 mars 2000

QUAND LE TRAITEMENT A DISTANCE REJOINT L’INCANDESCENCE

Ci-devant, le quai d’une gare désaffectée, sinon l’aile d’un musée à peine éclairé. Sur le noir de fond, le rouge d’un affichage numérique aligne un horaire anarchique. A moins qu’il n’épingle au vol une trace artistique. Etoiles de sang dans un ciel anthracite, le soleil de la Rome antique n’inonde pas, en tous les cas, la « Bérénice » actuellement à l’affiche à l’Arsenic. A travers les yeux du metteur en scène Denis Maillefer, du scénographe Massimo Furlan et de l’éclairagiste Thomas Hempler, la tragédie de Racine prend des airs de matrice. Pénombre, lenteur et douceur président à des échanges qui n’en étrillent pas moins l’impossible quête du bonheur. « Je puis faire les rois, je puis les déposer, cependant de mon coeur je ne puis disposer ». En deux alexandrins, Titus résume le piège qui le tient prisonnier. Lui, l’empereur, nouvellement sacré, le conquérant des terres éloignées, le guerrier hermétique au danger, lui qui peut tout, ne peut rien quand il en a le plus besoin. Il aime Bérénice d’un amour partagé et veut l’épouser, mais elle est reine étrangère et ceci, le sénat comme le peuple romain ne sauront le tolérer. Raison d’état contre foudre du sentiment, le dilemme est courant, il reste brûlant. D’autant que Racine le complique d’un troisième élément – l’amour sans retour d’Antiochius, l’ami, le complice, pour la même Bérénice – étendant ainsi le sinistre au coeur d’une double amitié…
Au bûcher, Denis Maillefer préfère la braise couvrant en secret. Somnambules de leur nuit intérieure, les personnages confient au micro le précipité de leur stupeur. Une alchimie particulière qui joue le retrait tout en dessinant du tourment les moindres traits. Là un soupir, là un râle avorté, un mot que l’on chuchote, un autre que l’on tait, le tout sur une musique-relais, la douceur étreint terriblement bien les mouvements du coeur.
Car l’obscurité du plateau n’a pas gagné le phrasé: c’est dans la clarté d’un alexandrin parfaitement lesté que ces oscillations de l’âme sont énoncées. La lenteur restitue à chaque mot la force de son propos et supprime l’effet chanté de deux fois sur six pieds. Ainsi libéré de la logique académique, le corps semble mieux s’imprégner, mieux résonner de la douleur et des espoirs cumulés. Cette scène, par exemple: Paulin (Pierre-Isaïe Duc), le regard vrillé au public, énumère froidement les cas où, par le passé, les empereurs ont dû taire leurs émois pour le bien de l’Etat. Dans l’oblique opposé, Titus (Gilles Tschudi), glisse à terre comme traversé par la vérité. Une position – accroupi le dos au mur – où il sera bientôt rejoint par Antiochius (Roland Vouilloz). Le temps d’un espoir, le guerrier baisse la garde – un ancrage au sol obstiné, une fierté blessée – pour se laisser bercer. La tête rejetée, les yeux fermés, il brûle à l’idée de récupérer une Bérénice enfin délaissée… Laquelle (Shin Iglesias), vêtue du rouge de la passion, puis du bleu de la résignation, fait plus que parer les coups des deux hommes qui l’aiment. Quand elle traverse la scène les mains tendues vers la lumière, c’est l’idée même du salut qui, délicatement, prend chair.

Marie-Pierre Genecand, LE COURRIER, mercredi 29 mars 2000

BERENICE QUITTE SES ALEXANDRINS ET NOUS MURMURE A L’OREILLE

Dans « Bérénice », il est question de choses énormes qu’il faut savoir dire de manière minuscule, lit-on dans l’introduction à la dernière mise en scène de Denis Maillefer, dévoilée mardi dernier à l’Arsenic. Le pari est audacieux… mais gagné. Et sur tous les tableaux. Chronique en forme de patchwork impressionniste. D’abord ces chiffres rouges – les mêmes que l’on retrouve sur la façade d’Uni-Dufour à Genève, très années soixante – et qui tournent en boucle de 0 à 9 à des vitesses différentes, comme le temps des gens, des individualités. Aucun cadran ne tourne à l’envers, ou dans le désordre. S’ils s’arrêtent, c’est tous ensemble. Tous ensemble, comme Bérénice, comme Titus ou Antiochius, destinées entrechoquées mais étroitement liées, qui voguent vers le même point sans parvenir à harmoniser leur rythme. Il y a ces chiffres rouges, donc, et ce cadre rectangulaire autour de la scène, un peu comme une télévision 16/9. Ne manquent plus que les cinq haut-parleurs DVD et on se croirait en pleine séance de « home cinema » – d’autant que le son amplifié des voix donne durant les premières minutes du spectacle une étrange impression de distance par rapport à l’action. La distance fond toutefois très rapidement, dès lors que l’avance morne et lancinante des répliques d’Antiochius et d’Arsace nous fait comprendre que ce n’est pas une « Bérénice » ordinaire qui va nous être chantée.
Il fait presque nuit. A l’exception de Bérénice, les personnages sont tous de noir vêtus. La paroi sur laquelle scintillent les chiffres rouges est noire, elle aussi. Et pourtant, le noir n’est pas la couleur qui domine. C’est la langue qui domine; et le sens. Et le sens n’est pas noir: il se joue de toutes l es couleurs, et ne se fixe jamais. Denis Maillefer a opté pour la plus haute économie de moyens – de décors, de gestes, de paroles, d’accents – à l’instar d’un Stéphane Braunschweig à l’opéra (actuellement à Lausanne avec « Rigoletto »); il suggère (dans le changement de robe de Bérénice après le célèbre « Rome, l’empire… » de Titus), mais ne souligne jamais. La parole tout entière au sens, à l’alchimie critique de chacun. L’ambiance dessinée, il reste le texte – le théâtre – et Racine. Ô Racine et ses alexandrins qui dans la tête de chaque collégien résonnent comme une gageure, trop souvent malmenés par les grotesques déclamations d’acteurs en mal d’inspiration, et qui dessinent dans l’esprit une mer agitée sans terre d’abordage plus que un champ de réflexions à cultiver. « L’alexandrin fait peur, l’alexandrin inquiète, l’alexandrin préoccupe », écrit Antoine Jaccoud, auteur de la dramaturgie de cette « Bérénice ». « On en oublierait même que la chose – la bête, la forme – sort, après tout, de la bouche d’un personnage, qu’elle est forte du souffle de celui-ci, expulsée de son coeur, et qu’il assurément mille autres soucis plus vitaux que de s’adonner, insouciant, aux charmes plaisants de la versification. Il doit dire, lui, il doit parler, il doit crier  » je vous aime » ou « mais je vous quitte » avant de penser à faire rimer quoi que ce soit. » Là réside le noeud du problème: comment dire sur un ton proche – pour ne pas dire « actuel » – des phrases d’une facture mille fois révolue ? Comment souligner l’éternité inébranlable de ce dilemme désir/devoir avec lequel Titus est aux prises, sur une statue aux appâts moribonds? La réponse est dans la bouche des acteurs – et seulement dans leur bouche: le casque de Titus, la robe de Bérénice, les cravates d’Arsace et de Paulin ne sont qu’anecdotes à côté du poids des mots et des intonations. On craint au début la monotonie – ou, pire, le détachement – mais pour se rendre compte peu à peu que ce n’est que « stratagème » pour mieux capturer notre coeur sur les quelques crêtes que compte la pièce, qui ne nous apparaissent que plus cinglantes.
La froideur mécanique des phrases de Paulin (Pierre-Isaïe Duc) fait sourire – jaune. Le martyr désabusé d’Antiochius (Roland Vouilloz) suscite la pitié. Et quelle force, surtout, dans les dernières séductions de Bérénice (sublime Shin Iglesias) – dans ses gestes, là, oui, dans sa bouche qui cherche c elle de Titus, et dans sa voix qui soudain se soulève des marais du désespoir, pour retomber plus bas, à tout jamais. « Hé bien, régnez, cruel; contentez votre gloire!  » A quoi Titus (Gilles Tschudi) ne sait que répondre – ou plutôt ne répond « juste » que trop tard. « Bérénice » façon Denis Maillefer, c’est avant tout Titus – « l’histoire d’un homme qui a honte ». Paradoxe? Qu’à moitié. « Britannicus », du même Racine, cache lui aussi son personnage central: la terrible Agrippine.
Titus est un « loser ». L’échine voûtée, les cheveux en bataille, la toge chiffonnée, il a tout de l’égaré, du perdu. Il ne parvient à résister aux conseils de Paulin, et n’affronte la réalité qu’à contre-courant, toujours avec un temps de retard. Et pourtant, c’est lui qui donne à la pièce son impulsion – lui, l’empereur, qui ne sait choisir entre sa personne et son rang, et ne s’insurge même pas (même plus) lorsque Antiochius lui avoue leur rivalité en amour. Mais Titus est bien plus que l’empereur aux yeux du spectateur – bien plus que cette somme d’alexandrins au premier abord indigestes. Il est homme, tout simplement. Et cette humanité, il la doit aux personnes qui ont dessiné cette nouvelle « Bérénice », et à elles seules. Chapeau bas : le tour de force est de taille!

Antonin Scherrer, LA LIBERTE, samedi 25 mars 2000