Flon-Flon et Musette

d’après Elzbieta – création 27 février 2002

Flon-Flon et MusetteFlon-Flon et MusetteFlon-Flon et MusetteFlon-Flon et MusetteFlon-Flon et Musette

Elzbieta est née Polonaise peu avant l’éclatement de la deuxième guerre mondiale. Le conflit déclaré, sa mère la conduit chez une marraine à Mulhouse avant de rejoindre une autre destination sur le territoire français. Mais Mulhouse tombe bientôt en mains allemandes. Elzbieta n’a plus de nouvelles de sa mère. Du père par contre, la petite fille imagine parfois qu’elle reçoit un signe lorsque sa ville d’adoption est bombardée : il est pilote dans l’armée britannique ! De fait, elle ne le reverra jamais.

On le voit, c’est d’abord dans sa chair et son esprit d’enfant que l’auteur de « Flon-Flon et Musette » a fait l’expérience de la cruelle absurdité de la guerre. Comment aurait-elle pu trouver quelque forme de justification à la situation qui était la sienne ? Comment aurait-elle pu trouver logique, ou rationnel, ou même fatal, le fait d’être séparé de sa mère, et frappées par les bombes lâchées par le « camp » de son père, du simple fait qu’elle se trouvait « de l’autre côté » ?

« De l’autre côté », cette formule simple, mais riche de cruautés et de souffrances à venir, est au coeur de « Flon-Flon et Musette », récit magnifique, bouleversant et « à hauteur d’enfant » d’une guerre, et de ce qui toujours l’accompagne : une séparation.

« Flon-Flon et Musette » est le premier spectacle créé pour le jeune public par le Théâtre en Flammes. En utilisant les moyens audio et visuels qu’autorise le théâtre moderne, la compagnie a créé un univers esthétique différent de celui de l’album, puisque destiné à impressionner – comme on le dit en photographie – le jeune public de façon plus fugitive que le dessin, mais souhaité au moins aussi fort et simple à la fois que chez Elzbieta.

Une coproduction Théâtre en Flammes – Petit Théâtre Lausanne
Interprétation :
Shin Iglesias
Matthieu Sesseli
Pierre-Isaïe Duc puis reprise par Emma Ribbing

Mise en scène :
Denis Maillefer
Dramaturgie : Antoine Jaccoud
Mise en mouvement : Jean-Marc Heim
Scénographie : Massimo Furlan
Son : Philippe de Rham
Lumière : Christian Michaud
Vidéo : Thierry Stalder
Costumes : Isa Boucharlat
Masques et maquillages : Leticia Rochaix
Régie lumière : Angelo Bergomi
Administration et communication : Sarah Neumann

Avec le soutien de : Etat de Vaud, Loterie Romande
et pour les tournées de : Ville de Lausanne, Corodis, Pro Helvetia

2002
Petit Théâtre, Lausanne :
du 27 février au 31 mars
Théâtre de Beausobre, Morges : 17 avril
Théâtre Benno Besson, Yverdon : 19 avril
Théâtre de Vevey : 21 avril et 26 septembre
Espace Malraux, Chambéry (F) : du 4 au 8 novembre
Château-Rouge, Annemasse (F) : du 19 au 22 novembre

2003
Am Stram Gram, Genève :
du 4 au 9 novembre
Le Dôme, Albertville (F) : du 13 au 14 novembre
Scène nationale de Bonlieu, Annecy (F) : du 19 au 21 novembre
Théâtre de Villefranche (F) : du 27 au 29 novembre
L’Esplanade, Saint-Etienne (F) : du 3 au 6 décembre
Espace 600, Grenoble (F) : du 10 au 11 décembre

2004
Le Théâtre, scène nationale de Narbonne (F) :
du 22 au 23 janvier

2005
Théâtre national Dijon-Bourgogne (F) :
du 2 au 4 mars

Spectacle réalisé d’après l’ouvrage d’Elzbieta intitulé « Flon-Flon et Musette » publié aux éditions Pastel/Ecole des Loisirs

Presse

BONNE NUIT LA GUERRE !

Denis Maillefer met en scène un livre d’Elzbieta. Spectacle fort et insolite.
Des lapins pareils, ça n’existe pas. On dirait d’immenses peluches. Sauf quand elles se déplacent. On dirait alors des pantins que des mains invisibles manipulent. Immobiles ou en mouvement, ces lapins sont émouvants. Ils ont beau avoir le visage inexpressif, ils font ressentir l’essentiel. Sans rien dire. Toute leur histoire est racontée en voix off. Une histoire triste : un jour, à cause de la guerre, Flon-Flon est séparé de Musette. Ils ne peuvent plus jouer ensemble. C’est le temps de l’incompréhension, de l’attente, de la peur. Passent les jours, très lentement, et défilent les images de bataille, très vite, ne serait-ce que dans les songes. Un jour, tout aussi soudainement, la guerre est finie. C’est le temps des retrouvailles familiales et amicales. Mais sait-on vraiment jusqu’à quand ?
Les responsables du Petit Théâtre n’ont pas eu froid aux yeux en donnant carte blanche au fondateur du Théâtre en Flammes, Denis Maillefer. Sa première mise en scène en matière de théâtre pour jeune public sort clairement des chemins battus du point de vue esthétique. Flon-Flon et Musette, d’Elzbieta, est une adaptation d’un livre illustré pour enfants, paru en 1993. Née Polonaise peu avant l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale, établie en France depuis longtemps, l’auteur parle en connaissance de cause de la guerre, de son absurdité. La guerre « ne meurt jamais, elle dort seulement de temps en temps. Il ne faudrait plus jamais la réveiller ».
Dramaturgie, scénographie, sonorisation, vidéo, costumes, maquillages, lumières : rien n’est ici conçu de manière isolée. La simplicité poétique se veut ici comme un refus de tout expliquer, de tout signifier. La bande-son et les projections serveent avant tout à titiller l’imagination des spectateurs. De même en ce qui concerne les dialogues, les phrases, rarissimes et pour certaines répétées plusieurs fois, comme une prière profane. Rien n’est réel, tout est crédible. Grâce aussi aux trois comédiens, Shin Iglesias, Pierre-Isaïe Duc et Matthieu Sesseli. La force du spectacle est de savoir mêler gravité et légèreté, profondeur et fantaisie.

Michel Caspary, 24 HEURES, mercredi 20 mars 2002

DENIS MAILLEFER FAIT DU BIEN AU THEATRE ROMAND

Les lapins tendent la carotte au public
Ils ont de grosses têtes et de gros yeux, les lapins d’Elzbieta, redessinés à hauteur de visage par Leticia Rochaix, qui signe maquillages et masques de « Flon-Flon et Musette ». Cette signature artistique, convaincante et décisive, puise son inspiration graphique dans les vieux calendriers de la Loterie Romande. Ramenée au théâtre, cette sorte de naïveté inexpressive se charge paradoxalement de toutes les expressions. Non pas que les comédiens – Shin Iglesias, Pierre-Isaïe Duc et Matthieu Sesseli – succombent à une gestuelle grimaçante : au contraire, leur jeu a la rigueur de la marionnette. A charge ensuite pour le jeune public de « faire le boulot » comme le suggère en souriant le metteur en scène. Autrement dit, de tirer les fils de ces lapins qui ont lu Kleist et savent que les sentiments ne se fabriquent pas sur scène mais s’inventent dans la tête du spectateur.
C’est cet imaginaire au travail, circulant de la salle au plateau et du plateau à l’écran sur lequel surgissent les images en mouvement de la guerre, qui fait le prix inestimable de ce spectacle et donne envie de retourner le voir entre adultes ou accompagné de jeunes enfants. L’âge conseillé est de six ans mais une tête blonde bien réveillée peut y trouver son plaisir et son histoire dès cinq ans. Quant au grand frère de 13 ans et plus pour qui la soldatesque est l’objet de compétitions viruelles, il risque fort de décrocher de ces 55 minutes de vrai théâtre.

Thierry Mertenat, LA TRIBUNE DE GENEVE, samedi-dimanche 16-17 mars 2002

DENIS MAILLEFER PARLE DE LA GUERRE AUX ENFANTS

« Flon-Flon et Musette » se joue au Petit Théâtre de Lausanne
Flon-Flon et Musette, l’actuel spectacle du Petit Théâtre de Lausanne, est une coproduction avec le Théâtre en Flammes de Denis Maillefer. Le metteur en scène – Bérénice, La Supplication, Je suis le mari de *** pour ne citer que ses derniers fleurons – s’est formé un public de fans qui ne manquerait pour rien au monde une de ses créations. De quoi faire venir au Petit Théâtre des spectateurs qui, sans cela, n’auraient pas eu l’idée de franchir les portes d’une institution « pour enfants ». Mais le plus important, c’est qu ce public reconnaîtra la patte Maillefer. Non pas un style figé, mais une façon de convoquer les médias, sans a priori ni systématique, pour servir son propos.
Et le propos, ici, n’est pas léger. Il s’agit de parler de la guerre aux enfants, en adaptant un album : quelques images et une quarantaine de phrases simples en tout et pour tout. Mais l’album en question est signé Elzbieta, l’un des auteurs les plus importants, les plus doués de la littérature enfantine. Et elle a mis beaucoup d’elle-même dans ce petit ouvrage. Enfant de Pologne, elle fut conduite chez sa marraine à Mulhouse au début de la Seconde Guerre mondiale. Sans nouvelles de sa mère, lorsque la ville, tombée en mains allemandes, est bombardée, elle voit là un signe de son père, pilote dans l’armée britannique. Celui-ci mourra lors d’une mission. Un demi-siècle après, Elzbieta raconte la fatalité de la guerre dans Flon-Flon et Musette (Ecole des Loisirs), l’histoire de deux enfants lapins qui, soudain, n’ont même plus le droit de parler l’un de l’autre. « Parce qu’ils ne sont pas du même côté de la guerre ».
De ces quelques pages, Denis Maillefer et son équipe ont tiré un vrai drame, avec ses tensions, ses scènes fortes, graves ou tendres. Sur scène, les lapins fonctionnent tels des peluches. Comme si les mains invisibles d’un enfant les faisaient avancer pas à pas, pliaient leurs jambes l’une sur l’autre pour les asseoir sur une chaise trop grande pour eux. Le théâtre renoue ici avec le jeu plus intime et quotidien qu’ont pratiqué tous les spectateurs, à une période plus ou moins lointaine de leur vie. Celui qui consiste à prendre la mesure du monde en faisant interpréter à des jouets scènes familiales ou batailles meurtrières.
L’interprétation n’est pas non plus étrangère à la force du spectacle. Derrière les grands trous noirs qui dessinent à leurs masques des yeux inexpressifs, trois comédiens – dont Shin Iglesias, qui avait interprété Bérénice – assument de bout en bout cette gestuelle de peluche-marionnette. Mélange de narration et de dialogue, le texte travaille sur la répétition des phrases clés. Ambiances musicales et projections vidéo – jeux des lapins dans la prairie ou scène de bataille – contribuent à donner une épaisseur théâtrale au petit album. La violence est bien là sur la scène du Petit Théâtre et, comme l’écrit Elzbieta : « La guerre ne meurt jamais ». Denis Maillefer a retenu cette phrase pour le sous-titre du spectacle.

Elisabeth Chardon, LE TEMPS, mercredi 6 mars 2001